Bon d’État à 3,70 % : le vrai coût, c’est le potentiel perdu
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Stratégies

Bon d’État à 3,70 % : le vrai coût, c’est le potentiel perdu

Mathias Schmit et Kristof Szechy3 septembre 20269 min de lecture

3,70 % sur dix ans, cela paraît généreux. Une fois l’impôt et l’inflation comptés, il ne reste presque rien. Et la vraie question est ailleurs : celle de ce qu’un portefeuille abandonne en misant tout sur les obligations.


Le bon d’État qui sera émis le 4 septembre 2026 affiche un coupon de 3,70 % à dix ans [1], le plus élevé des trois émissions de l’année. Avant de s’en réjouir, deux calculs simples s’imposent : ce qu’il reste réellement de ce chiffre, puis ce que ce placement coûte en occasions manquées.

Trois émissions, une même tendance

Les taux des bons d’État belges montent depuis le début de l’année, sur les deux durées proposées :

Taux bruts des bons d’État belges, émis ou proposés à la souscription en 2026. Sources : communiqués officiels de l’Agence fédérale de la Dette [1][2][3].

ÉmissionBon à 1 anÉchéance longue
Mars 20262,00 %2,80 % (8 ans)
Juin 20262,50 %3,30 % (8 ans)
Septembre 20262,75 %3,70 % (10 ans)

Attention à la lecture de ce tableau : l’échéance longue passe de huit à dix ans entre juin et septembre. Une partie de la hausse vient donc de l’allongement de la durée et pas seulement de l’évolution du marché. Ce coupon de 3,70 % reste néanmoins le plus élevé proposé sur ce type de titre depuis 2012 [4].

Ce qu’il reste vraiment

Prenons 10.000 EUR placés dans le bon à dix ans. Le coupon de 3,70 % rapporte 370 EUR par an. Deux effets viennent ensuite réduire cette somme.

Le premier est visible : le précompte mobilier, l’impôt que la banque retient automatiquement sur les intérêts. Il est de 30 % en Belgique et ponctionne donc 111 EUR. Il reste 259 EUR, soit un rendement net de 2,59 % [5].

Le second est invisible : l’inflation. Elle ne prélève rien sur le compte mais elle réduit ce que l’argent permet d’acheter. Avec une inflation de 2 % par an, ces 2,59 % nets ne font gagner qu’environ 0,6 % de pouvoir d’achat réel. Si l’inflation retenue est de 3,56 %, le niveau constaté en juillet 2026 [6], le pouvoir d’achat diminue d’environ 0,9 % par an malgré le coupon encaissé. Autrement dit : le placement peut faire perdre en pouvoir d’achat tout en versant des intérêts.

Le coupon, lui, est fixe et connu d’avance. Cela ne rend pas le placement sans risque pour autant : le remboursement à la valeur nominale n’est prévu qu’à l’échéance et sous réserve que l’État belge honore ses engagements. Avant cette date, le prix du titre suit le marché et une revente peut se faire en dessous du montant investi [5].

Le potentiel perdu

Sur les 98 dernières années (1928-2025), l’indice boursier américain S&P 500 a rapporté en moyenne 10,0 % par an en dollars, dividendes réinvestis, contre 4,5 % pour les obligations d’État américaines à dix ans, selon les données publiées par Aswath Damodaran, professeur de finance à la NYU Stern School of Business [7]. Plus du double, donc, en rendement annuel moyen.

Cette moyenne d’un siècle ne dit toutefois pas ce qu’un épargnant aurait touché sur dix ans, la durée du bon d’État. Nous avons donc calculé les 89 périodes de dix ans possibles entre 1928 et 2025 : 1928-1937, puis 1929-1938 et ainsi de suite jusqu’à 2016-2025. Chaque barre du graphique ci-dessous compare le résultat des deux placements sur une de ces périodes.

Comparaison, pour chacune des 89 périodes de dix ans entre 1928 et 2025, du capital final obtenu en actions (S&P 500) rapporté au capital final obtenu en obligations d’État américaines à dix ans. Les actions l’emportent sur 76 périodes et les obligations sur 13 ; le rapport médian entre les deux capitaux finaux est de 1,57.
Comment lire ce graphique : chaque barre représente une période de 10 ans, repérée par son année de départ ; la barre située en 1994 compare donc les résultats obtenus entre 1994 et 2003. Une barre à ×2 signifie que le capital final en actions vaut deux fois celui obtenu en obligations. Sous la ligne ×1, les obligations l’emportent. Source : Aswath Damodaran (NYU Stern), Historical Returns on Stocks, Bonds and Bills 1928-2025 ; rendements nominaux en dollars, dividendes réinvestis pour les actions, obligations d’État américaines à 10 ans ; calculs Sagora [7].

Les actions l’emportent dans 76 périodes sur 89. Le rapport médian entre les capitaux finaux est de 1,57 : dans la moitié des périodes, le capital final en actions a été au moins 1,57 fois celui obtenu en obligations.

Les 13 périodes où les obligations gagnent méritent autant d’attention. Elles ne sont pas dispersées au hasard : elles se regroupent autour de la crise de 1929, des années 1965-1978 et de la décennie 1998-2011, marquée par deux krachs boursiers. Celle où l’écart est le plus défavorable est 1999-2008 : 10.000 EUR placés en actions n’en valaient plus que 8.700 après dix ans, contre 18.900 en obligations. Le risque n’est donc pas théorique.

Trois précisions de méthode. Le rendement obligataire correspond à une exposition théorique aux obligations du Trésor américain à maturité constante de dix ans et pas à un bon unique conservé jusqu’à l’échéance comme celui de septembre 2026. Ces résultats sont exprimés en dollars, avant frais, avant la fiscalité propre à chaque véhicule d’investissement et sans effet de change. Enfin, ces périodes se chevauchent, une même année influence donc plusieurs barres voisines : le graphique décrit ce qui s’est passé et ne constitue pas une probabilité pour la décennie à venir.

Même après impôt et inflation, l’écart reste significatif

Un ETF qui réplique le S&P 500 n’échappe pas au fisc pour autant. Il subit une taxe boursière à chaque transaction et, depuis 2026, la même taxe de 10 % sur les plus-values qu’un bon d’État revendu avant l’échéance. L’exonération de 10.000 EUR par an n’est d’ailleurs pas propre à chaque produit : c’est un seuil global par contribuable, qui couvre l’ensemble des plus-values réalisées dans l’année, actions, ETF et obligations confondus [8][9].

La fiscalité n’est pourtant pas identique des deux côtés. Le coupon d’une obligation est taxé à 30 % chaque année. Un ETF de capitalisation ne distribue pas de dividende à l’investisseur : son rendement vient de la plus-value, taxée à 10 % seulement et uniquement le jour de la revente. Pour les ETF distributifs, en revanche, les dividendes versés subissent bien le précompte de 30 %, comme les coupons d’un bon d’État.

Sur les 89 périodes historiques de dix ans, l’avantage est majoritairement, mais pas systématiquement, en faveur du S&P 500. Dans un scénario illustratif fondé sur la moyenne du siècle écoulé, le rendement réel des actions resterait néanmoins bien supérieur à celui du bon d’État, qui se situe entre -0,9 % et +0,6 % selon l’inflation retenue. Cela plaide pour conserver une exposition à la croissance lorsque l’horizon et la tolérance au risque le permettent, sans garantir que cet avantage se reproduira sur les dix prochaines années.

Alors, à quoi servent les obligations ?

Pas principalement à maximiser la croissance du capital à ce niveau de rendement réel. Leur utilité est ailleurs et elle porte un nom : la diversification.

Le principe est simple. Deux placements qui montent et descendent exactement en même temps n’offrent aucune protection : quand l’un chute, l’autre chute aussi. Si leurs variations ne sont pas liées, une partie des chocs peut en revanche s’amortir. C’est ce que mesure la corrélation, un indicateur qui va de -1 à +1 : proche de +1, les deux actifs bougent dans le même sens ; proche de 0, il n’existe pas de relation linéaire marquée entre leurs variations ; négative, ils tendent à aller en sens inverse.

Sur les 98 années de la série Damodaran, la corrélation entre le S&P 500 et les obligations d’État à dix ans est de 0,02, autrement dit quasi nulle [7]. Il n’existe donc pas de relation linéaire marquée entre leurs variations. Cette faible corrélation peut réduire le risque d’un portefeuille à rendement attendu donné, sans garantir qu’un actif montera lorsque l’autre baisse. Le détail est encore plus parlant : sur les 26 années où le S&P 500 a terminé dans le rouge, les obligations ont été positives 21 fois, soit quatre années sur cinq. En 2008, au cœur de la crise financière, les actions ont perdu 36,6 % pendant que les obligations gagnaient 20,1 %.

Cette protection n’est toutefois pas automatique. Il reste cinq années sur 98 où les deux ont reculé ensemble et la plus récente est aussi la plus brutale : en 2022, le choc inflationniste a fait perdre 18,0 % aux actions et 17,8 % aux obligations simultanément [7]. Quand l’inflation surprend et que les taux d’intérêt montent vite, les deux classes d’actifs souffrent en même temps.

Une obligation peut donc jouer un rôle d’amortisseur et pas de moteur de performance. La question n’est pas de savoir si 3,70 % est un bon taux dans l’absolu mais quelle part du portefeuille mérite ce rôle d’amortisseur et quelle part doit rester exposée à la croissance. Tout placer en obligations par réflexe de prudence a un coût : celui du potentiel perdu.


Sources

[1] Agence fédérale de la Dette (communiqué officiel), Bons d’État 4 septembre 2026, coupons, news.belgium.be, 24 août 2026.
news.belgium.be

[2] Agence fédérale de la Dette (communiqué officiel), émission du 4 mars 2026, news.belgium.be.
news.belgium.be

[3] Agence fédérale de la Dette (communiqué officiel), émission du 4 juin 2026, news.belgium.be.
news.belgium.be

[4] RTBF, Amid Faljaoui, Le bon d’État à 3,7 % : bonne affaire ou faux ami ?, chronique économique, 25 août 2026.
rtbf.be

[5] Agence fédérale de la Dette, info produit (bons d’État) et FAQ fiscalité, consulté le 27 août 2026.
debtagency.be

[6] Statbel, L’inflation s’élève à 3,56 %, communiqué officiel, juillet 2026.
statbel.fgov.be

[7] Aswath Damodaran, NYU Stern School of Business, Historical Returns on Stocks, Bonds and Bills: 1928-2025, données mises à jour le 5 janvier 2026. Moyennes géométriques, corrélation, valeurs cumulées et statistiques annuelles calculées par Sagora à partir du fichier de données brutes.
pages.stern.nyu.edu

[8] SPF Finances, La taxe sur les plus-values sur actifs financiers, page officielle.
fin.belgium.be

[9] Curvo, Taxes for Belgian investors: what you need to know, guide fiscal (source non officielle, mécanique de la taxe boursière et du précompte sur dividendes), 2026.
curvo.eu

La bonne allocation compte tout autant que le bon produit

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