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Guide pratique

Comprendre un bilan : de la lecture comptable au diagnostic financier

Un bilan se lit en deux temps. La lecture comptable dit, à une date donnée, d'où viennent les ressources de l'entreprise et ce qu'elle en a fait. La lecture financière regroupe ensuite ces rubriques pour répondre aux questions qui servent à décider : l'entreprise est-elle rentable, liquide, solvable ? Ce guide suit la méthode du module « Diagnostic et planning financier » du programme Finance pour managers, enseigné par le professeur Mathias Schmit : la structure du bilan belge, le bilan managérial (fonds de roulement net, besoin en fonds de roulement, trésorerie nette), un usage critique des ratios et ce qu'un bilan ne peut pas dire à lui seul.

Au programme

  1. Qu'est-ce qu'un bilan ?
  2. L'actif : à quoi les ressources ont servi
  3. Le passif : d'où viennent les ressources
  4. Bénéfice et trésorerie : ce que révèle le bilan
  5. Le bilan managérial : fonds de roulement net, BFR et trésorerie nette
  6. Les ratios : utiles, à condition de les lire avec esprit critique
  7. Solvable, liquide, rentable : trois questions distinctes
  8. Lire un bilan belge : les comptes annuels à la Centrale des bilans
  9. Cas pratique : deux bilans, deux diagnostics
  10. Six questions pour tester votre lecture

Qu'est-ce qu'un bilan ?

Le bilan est une photographie de l'entreprise à une date donnée, généralement le 31 décembre. Le passif, à droite, décrit l'origine des ressources : ce que les actionnaires ont apporté ou laissé dans l'entreprise et ce qu'elle doit à des tiers. L'actif, à gauche, décrit l'utilisation de ces ressources. Toute ressource a un emploi et tout emploi a une origine : le total de l'actif est toujours égal au total du passif.

Actif
Utilisation des ressources
  • Actifs immobilisésGardés plus d'un an : bâtiments, machines, brevets, participations
  • Actifs circulantsDétenus moins d'un an : stocks, créances, trésorerie
Passif
Origine des ressources
  • Capitaux propresApportés ou laissés par les actionnaires
  • DettesApportées par des tiers : banques, fournisseurs, État, personnel
Le bilan en deux colonnes : l'utilisation des ressources à gauche, leur origine à droite. Proportions illustratives.

Le bilan est l'un des trois états financiers et il ne suffit pas seul. Le compte de résultats est un film : il retrace les ventes et les charges d'une période jusqu'au résultat net. Le tableau des flux de trésorerie retrace les entrées et sorties de cash de la même période, classées en activités opérationnelles, d'investissement et de financement. Un diagnostic financier sérieux demande les trois.

L'égalité tient par construction, grâce à la comptabilité en partie double : chaque opération touche au moins deux comptes. Une société qui emprunte 200 000 € voit ses dettes et ses valeurs disponibles augmenter du même montant. Quand elle paie ensuite une machine avec cet argent, un actif (la machine) remplace un autre actif (la trésorerie) : le total ne bouge pas.

Un bilan ne donne pas la valeur de l'entreprise. Les actifs y figurent en principe à leur coût historique, diminué des amortissements et des réductions de valeur : un immeuble acheté il y a vingt ans peut valoir bien plus que sa valeur comptable, une machine totalement amortie peut encore se revendre. Les fonds propres comptables diffèrent donc, parfois très largement, de la valeur de marché des actions.

L'actif : à quoi les ressources ont servi

L'actif se divise en deux blocs. Les actifs immobilisés ont vocation à rester durablement dans l'entreprise et servent son activité pendant plus d'un an. Les actifs circulants ont vocation à être détenus moins d'un an et tournent avec le cycle d'exploitation. En Belgique comme en France, l'actif est classé par liquidité croissante : le moins liquide en haut, le plus liquide en bas.

Les actifs immobilisés regroupent les immobilisations corporelles (terrains, bâtiments, machines, véhicules, mobilier, ordinateurs), incorporelles (recherche et développement, brevets, licences, marques, goodwill né d'une acquisition, comme le rachat d'un fonds de commerce) et financières (participations dans des filiales ou d'autres sociétés). Les actifs circulants regroupent les stocks et en-cours, les créances commerciales (ventes facturées mais pas encore encaissées), les placements de trésorerie et les valeurs disponibles. Les comptes de régularisation ferment l'actif : ils portent par exemple une prime d'assurance payée d'avance qui concerne l'exercice suivant.

Dire que l'actif est « ce que l'entreprise possède » reste un raccourci. Un bien pris en location-financement figure à l'actif sans appartenir juridiquement à l'entreprise. L'actif dit plus exactement à quoi les ressources ont servi.

La valeur d'un immobilisé diminue chaque année par l'amortissement. Amortir ne sert pas à mettre de l'argent de côté pour remplacer le bien : c'est répartir son coût d'achat sur sa durée d'utilisation, pour rapprocher la charge des revenus qu'il génère. Un matériel de 25 000 € utilisé cinq ans entraîne une charge de 5 000 € par an au compte de résultats ; au bilan, sa valeur nette passe à 20 000 €, puis 15 000 €, jusqu'à zéro. Un terrain ne s'amortit pas, mais il peut faire l'objet d'une réduction de valeur.

Deux précautions de lecture. L'ordre décrit ici vaut pour la Belgique et la France : les pays anglo-saxons présentent souvent l'actif dans l'ordre inverse, du plus liquide au moins liquide. Une même rubrique peut aussi changer de catégorie selon l'entreprise, le secteur ou le pays : comprendre la logique d'un poste vaut mieux que retenir son intitulé.

Le passif : d'où viennent les ressources

Le passif se divise en deux : les capitaux propres, apportés ou laissés par les actionnaires ; les dettes, apportées par des tiers (banques, fournisseurs, État, personnel). Il est classé par exigibilité croissante, les capitaux propres en haut, les dettes à court terme en bas. Les actionnaires ne sont remboursés qu'après tous les autres apporteurs de capitaux : les fonds propres sont la part résiduelle, égale au total de l'actif diminué de tout ce qui est dû à des tiers.

Les capitaux propres comprennent les apports des actionnaires (capital et primes d'émission dans une SA ; apport disponible ou indisponible dans une SRL, qui n'a plus de capital), les plus-values de réévaluation (gains non réalisés sur des immobilisés réévalués), les réserves (bénéfices des exercices passés conservés dans l'entreprise), le résultat reporté (bénéfices ou pertes en attente d'affectation) et les subsides en capital. Réserves et résultat reporté font le lien avec le compte de résultats : la part du bénéfice qui n'est pas distribuée augmente les fonds propres, une perte les diminue.

Viennent ensuite les provisions et les dettes. Une provision annonce une dépense future probable, estimable de façon assez précise et liée à l'activité présente : un litige en cours, des pensions à payer. Les dettes à plus d'un an sont surtout des emprunts bancaires ou obligataires. Les dettes à un an au plus regroupent les dettes commerciales (factures fournisseurs non réglées), les dettes fiscales, salariales et sociales (TVA, impôts, salaires et cotisations dus) et les dettes financières à court terme : lignes de crédit et part des emprunts à long terme remboursable dans l'année. Les comptes de régularisation du passif portent les charges de l'exercice qui ne sont pas encore payées, comme des intérêts courus, ainsi que les produits perçus d'avance.

Quatre idées reçues à écarter :

  • Des réserves ne sont pas du cash. Elles disent que des bénéfices ont été conservés, pas où ils se trouvent : ils ont pu financer une machine, des stocks ou des créances clients. Le cash se lit à l'actif, dans les valeurs disponibles.
  • Une provision n'est pas de l'argent mis de côté. Elle informe d'une dépense future : aucun montant n'est bloqué pour la payer et sa constitution ne fait sortir aucun cash.
  • Les fonds propres ne bougent pas qu'avec le capital. Un bénéfice conservé les augmente, une perte ou une distribution de dividendes les diminue, une réévaluation les modifie sans aucun mouvement de cash.
  • Le passif n'est pas une somme disponible. Il dit d'où viennent les ressources ; ce qu'elles sont devenues se lit à l'actif.

Bénéfice et trésorerie : ce que révèle le bilan

Le résultat net et la trésorerie ne mesurent pas la même chose. Le compte de résultats enregistre une vente quand elle est réalisée (bien livré, service presté) et une charge quand elle se rapporte à l'activité de la période, pas au moment où l'argent entre ou sort. Une grande partie de l'écart se lit dans le bilan : stocks, créances clients, dettes fournisseurs. Le reste vient des charges sans décaissement (amortissements, provisions) et des flux d'investissement et de financement, que le compte de résultats ne montre pas. C'est pourquoi une entreprise peut afficher un bénéfice et voir son compte en banque se vider.

Exemple fictif. Une société démarre avec 100 000 € de capital versé en cash. Elle achète 60 000 € de marchandises payées comptant puis en revend la moitié pour 50 000 €, facturés à 60 jours. Le compte de résultats affiche un chiffre d'affaires de 50 000 €, un coût des ventes de 30 000 € et un bénéfice de 20 000 € (impôts et autres charges ignorés pour l'exemple). Pourtant la trésorerie est passée de 100 000 € à 40 000 €.

Le bilan explique l'écart. Les 20 000 € de bénéfice sont bien là, dans les capitaux propres, mais l'argent a servi ailleurs : 30 000 € dorment en stock et 50 000 € sont dus par les clients. La trésorerie a baissé de 60 000 €, soit le bénéfice (+20 000 €) moins les 80 000 € immobilisés dans l'exploitation. Ces 80 000 € portent un nom : le besoin en fonds de roulement, nul au départ, qui a donc augmenté d'autant.

Bilan de la société au départ et à la fin de la période (en euros)
Au départÀ la fin
Stocks030 000
Créances clients050 000
Valeurs disponibles100 00040 000
Total de l'actif100 000120 000
Capital100 000100 000
Bénéfice reporté020 000
Total du passif100 000120 000
Chiffres fictifs. Le bénéfice augmente les fonds propres, pas la trésorerie.

Le bilan managérial : fonds de roulement net, BFR et trésorerie nette

Pour décider, on regroupe les rubriques du bilan selon leur nature économique. À gauche : les actifs immobilisés, le besoin en fonds de roulement lié à l'exploitation et la trésorerie. À droite : les capitaux propres, les provisions et les dettes financières, c'est-à-dire porteuses d'intérêts. Ce bilan managérial fait apparaître trois grandeurs liées par une égalité qui structure toute la lecture du bilan : fonds de roulement net = besoin en fonds de roulement + trésorerie nette.

Emplois
Ce que l'entreprise finance
  • Actifs immobilisésOutil de travail
  • Besoin en fonds de roulementStocks + créances − dettes d'exploitation
  • TrésorerieValeurs disponibles et placements
Ressources
Comment elle se finance
  • Capitaux propresActionnaires
  • Provisions
  • Dettes financières à long termePorteuses d'intérêts
  • Dettes financières à court termeCrédits de caisse, échéances de l'année
Le bilan managérial : les dettes d'exploitation passent dans le BFR, le passif ne garde que les ressources financières. Proportions illustratives.

Fonds de roulement net (FRN)

Capitaux propres + provisions + dettes à plus d'un an − actifs immobilisés

Le surplus de ressources stables une fois les immobilisés financés. Il se calcule aussi par le bas du bilan : actifs circulants − passifs circulants.

Besoin en fonds de roulement (BFR)

Stocks + créances commerciales − dettes commerciales − dettes fiscales, salariales et sociales

L'argent immobilisé par le cycle d'exploitation : ce que l'entreprise avance à ses clients et à ses stocks, moins ce que ses fournisseurs, l'État et son personnel lui avancent. Les comptes de régularisation d'actif s'y ajoutent, ceux du passif s'en retranchent.

Trésorerie nette (TN)

Valeurs disponibles + placements de trésorerie − dettes financières à court terme

Ce qui reste quand le fonds de roulement a financé le besoin d'exploitation. Négative, elle signale que l'entreprise dépend du renouvellement de ses crédits à court terme.

Le BFR dépend de la gestion courante et du secteur. Des clients qui paient plus tard, des stocks plus lourds, des fournisseurs payés plus vite : chaque fois, le BFR augmente et il faut le financer. Dans la grande distribution, les clients paient comptant pendant que les fournisseurs sont payés à terme : le BFR y est souvent négatif, l'exploitation dégage du cash au lieu d'en consommer.

L'égalité se lit dans les deux sens : c'est elle qui corrige les lectures rapides. Un fonds de roulement positif ne suffit pas à protéger l'entreprise si le BFR est plus élevé encore : la différence se finance à court terme et la trésorerie nette devient négative. À l'inverse, un fonds de roulement négatif n'est pas un danger en soi quand le BFR est encore plus négatif, comme dans la distribution. Ce n'est jamais le FRN seul qui compte, c'est sa relation au BFR.

Une trésorerie nette très confortable n'est pas non plus un objectif en soi. C'est de l'argent qui n'est pas investi dans des actifs potentiellement plus rentables. Un fonds de roulement élevé finance aussi l'exploitation par des ressources longues, en général plus coûteuses que les dettes d'exploitation, qui ne portent pas d'intérêts explicites.

Quatre profils types, en millions d'euros :

  • FRN (−5) = BFR (−10) + TN (+5) : l'exploitation finance l'entreprise, profil courant de la grande distribution.
  • FRN (+10) = BFR (+4) + TN (+6) : les ressources stables couvrent largement le cycle d'exploitation, au risque d'une trésorerie qui dort.
  • FRN (+5) = BFR (+10) + TN (−5) : les ressources stables ne suffisent pas à financer l'exploitation, le solde repose sur le crédit à court terme.
  • FRN (−5) = BFR (+10) + TN (−15) : une partie des immobilisés et tout le BFR reposent sur des dettes à court terme. C'est la configuration la plus exposée à un refus de renouvellement.

Les ratios : utiles, à condition de les lire avec esprit critique

Les ratios répondent à trois questions : l'entreprise est-elle rentable, liquide, solvable ? Ils se calculent vite à partir de données publiques et facilitent les comparaisons. Mais un ratio ne peut pas fournir de réponse simple à un problème complexe : il n'a de sens que comparé, dans le temps ou à des entreprises réellement comparables, calculé avec les mêmes définitions et replacé dans le modèle économique de l'entreprise.

Rentabilité des fonds propres (ROE)

Résultat net / capitaux propres = marge nette × rotation de l'actif × levier

Décomposition DuPont : (résultat net / chiffre d'affaires) × (chiffre d'affaires / actif total) × (actif total / capitaux propres). Un même ROE peut venir d'une marge élevée ou d'un endettement élevé : seule la décomposition dit lequel.

Rentabilité des capitaux investis (ROIC)

Résultat d'exploitation × (1 − taux d'impôt) / (capitaux propres + dettes financières)

Indépendante de la structure de financement, elle compare mieux le cœur de métier de deux entreprises que le ROE. Le ROA (résultat net / actif total) mesure, lui, la rentabilité des actifs.

Délais clients, fournisseurs et stocks

Créances commerciales / chiffre d'affaires × 365 · dettes commerciales / achats × 365 · stocks / coût des ventes × 365

Les créances et dettes du bilan incluent la TVA alors que le chiffre d'affaires et les achats sont hors TVA : corrigez avant de conclure. Tenez compte aussi de la saisonnalité.

Liquidité générale et liquidité réduite

Actifs circulants / passifs circulants · (actifs circulants − stocks) / passifs circulants

Les plus cités, mais aussi les plus trompeurs : voir ci-dessous.

Solvabilité et endettement

Dettes / capitaux propres · dettes / actif total · actif total / capitaux propres · actif total / dettes financières

Plusieurs définitions coexistent : choisissez-en une et tenez-vous-y. La couverture des charges financières (excédent brut d'exploitation / charges financières, parfois résultat d'exploitation / charges financières) dit si l'exploitation couvre les intérêts, pas le remboursement de la dette.

Le ratio de liquidité ne mesure pas la liquidité. Un ratio de liquidité générale supérieur à 1 dit seulement que le fonds de roulement net est positif. Une entreprise avec un FRN de 5 millions et un BFR de 9 millions a une trésorerie nette de −4 millions : ratio rassurant, trésorerie sous tension. À l'inverse, un supermarché peut afficher un ratio inférieur à 1 sans le moindre problème de paiement. Le ratio de liquidité réduite, qui retire les stocks, souffre du même défaut. Pour juger la liquidité, regardez la trésorerie nette et le tableau des flux de trésorerie.

Un ROE élevé n'est pas forcément une bonne nouvelle. Il augmente avec l'endettement tant que la rentabilité des capitaux investis dépasse le coût de la dette après impôt ; dans le cas contraire, l'endettement le fait baisser. Il peut donc monter avec le risque, sans aucune amélioration de l'exploitation. Il repose en outre sur la valeur comptable des fonds propres, pas sur leur valeur de marché.

Méfiez-vous enfin des seuils universels du type « une autonomie financière d'au moins un tiers » : un niveau sain dans un secteur ne l'est pas dans un autre. Les ratios se calculent sur des données passées : ils ne prédisent rien à eux seuls et doivent être lus ensemble, comme les indicateurs d'un bilan médical.

Solvable, liquide, rentable : trois questions distinctes

Un bénéfice ne garantit pas la survie et une perte ne condamne pas une entreprise. Solvabilité, liquidité et rentabilité répondent à des questions différentes : une entreprise peut être solvable mais illiquide, rentable mais à court de cash. Elle peut aussi afficher des capitaux propres négatifs sans être en faillite.

La solvabilité mesure si l'entreprise est assez « riche » pour faire face à ses engagements : comptablement, elle est insolvable quand ses dettes dépassent la valeur de son actif, c'est-à-dire quand ses capitaux propres sont négatifs. La liquidité mesure si elle peut payer chaque dette à son échéance. Une entreprise solvable peut manquer temporairement de liquidités ; une entreprise liquide peut accumuler des pertes qui la rendent insolvable.

Des capitaux propres négatifs ne signifient pas la faillite. En droit belge, la faillite suppose une cessation de paiements persistante et un crédit ébranlé : l'entreprise ne paie plus ses dettes et a perdu la confiance de ses créanciers. Le droit des sociétés impose en revanche d'agir bien avant. Dans une SRL, deux situations obligent l'organe d'administration à réunir l'assemblée générale dans les deux mois suivant leur constatation : un actif net devenu négatif ou qui risque de le devenir ; l'incertitude sur la capacité de la société à payer ses dettes à leur échéance pendant au moins les douze mois suivants (article 5:153 du Code des sociétés et des associations). Dans une SA, la procédure se déclenche quand l'actif net tombe, à la suite de pertes, sous la moitié du capital (article 7:228). L'actif net s'entend au sens du Code : les capitaux propres diminués des frais d'établissement et d'expansion et des frais de recherche et de développement non amortis, un critère plus strict que les seuls capitaux propres. Les mêmes notions encadrent les dividendes : dans une SRL, une distribution doit passer un test d'actif net et un test de liquidité (articles 5:142 et 5:143).

Une entreprise rentable peut faire faillite. Si sa croissance gonfle les stocks et les créances plus vite que ses ressources, le BFR absorbe tout le cash généré : le compte de résultats affiche un bénéfice pendant que la trésorerie se vide. C'est pourquoi le diagnostic ne s'arrête pas au bilan. Le tableau des flux de trésorerie montre si l'activité opérationnelle génère du cash, combien l'entreprise investit et comment elle finance l'écart.

Lire un bilan belge : les comptes annuels à la Centrale des bilans

Les sociétés belges déposent en principe leurs comptes annuels à la Centrale des bilans de la Banque nationale (BNB), où ils sont consultables gratuitement par dénomination ou numéro d'entreprise. C'est la première source pour analyser un client, un fournisseur, un concurrent ou une cible avant de s'engager.

Les comptes suivent un schéma normalisé (complet, abrégé ou micro selon la taille de la société) où chaque rubrique porte un code identique d'une société à l'autre. Ces codes permettent de reconstruire le bilan managérial :

  • Ressources stables : capitaux propres (10/15), provisions et impôts différés (16), dettes à plus d'un an (17).
  • Actifs immobilisés : rubriques 21/28, plus les frais d'établissement (20) s'il y en a.
  • BFR : stocks et commandes en cours (3), créances commerciales (40) et comptes de régularisation d'actif (490/1), moins les dettes commerciales (44), les dettes fiscales, salariales et sociales (45), les acomptes reçus sur commandes (46) et les comptes de régularisation de passif (492/3).
  • Trésorerie nette : placements de trésorerie (50/53) et valeurs disponibles (54/58), moins les dettes à plus d'un an échéant dans l'année (42) et les dettes financières à un an au plus (43).
  • Autres créances (41), autres dettes (47/48) et créances à plus d'un an (29) : à classer au cas par cas, selon qu'elles relèvent de l'exploitation, de l'investissement ou du financement.

Les annexes et, quand ils existent, le rapport de gestion et le rapport du commissaire complètent les chiffres : règles d'évaluation, engagements hors bilan, événements survenus après la clôture. L'annexe est largement normalisée ; les règles d'évaluation et les mentions libres le sont peu, mais elles sont souvent décisives. Les comptes annuels belges ne contiennent pas de tableau des flux de trésorerie : il se reconstitue à partir de deux bilans successifs, du compte de résultats et de l'annexe. Le rapport Sagora Analytics part de ces comptes déposés : il calcule le fonds de roulement net, le BFR et la trésorerie nette, puis reconstitue un tableau de flux qui n'est pas un état publié par la société.

Cas pratique : deux bilans, deux diagnostics

Deux sociétés fictives, chiffres en milliers d'euros. La première, une PME industrielle, affiche un ratio de liquidité générale rassurant. La seconde, une chaîne de distribution, des ratios qui inquiéteraient un lecteur pressé. Dans les deux cas, le bilan managérial raconte une autre histoire.

Bilans simplifiés (en milliers d'euros)
PME industrielleDistribution
Actifs immobilisés600900
Stocks250150
Créances commerciales3000
Valeurs disponibles50250
Total de l'actif1 2001 300
Capitaux propres450350
Provisions300
Dettes financières à plus d'un an220350
Dettes financières à court terme2000
Dettes commerciales220520
Dettes fiscales, salariales et sociales8080
Total du passif1 2001 300
Ce que disent les ratios, ce que dit le bilan managérial
PME industrielleDistribution
Liquidité générale1,200,67
Liquidité réduite0,700,42
Fonds de roulement net+100−200
Besoin en fonds de roulement+250−450
Trésorerie nette−150+250
Contrôle : FRN = BFR + TN, soit 100 = 250 − 150 et −200 = −450 + 250.

La PME passe le test de la liquidité générale (1,20) ; seule la liquidité réduite (0,70) donnait l'alerte. Sa trésorerie nette est de −150 : ses ressources stables dépassent ses immobilisés de 100 seulement, face à un BFR de 250. L'écart de 150 est financé par 200 de crédit à court terme, dont 50 restent en caisse. Si la banque réduit ce crédit, l'entreprise se retrouve en difficulté de paiement, quel que soit son ratio.

Les leviers se lisent dans le même tableau. Côté exploitation, réduire le BFR : écouler les stocks plus vite, encaisser les clients plus tôt. Côté financement, consolider une partie du crédit à court terme en dette longue ou en fonds propres, ce qui augmente le fonds de roulement net.

La chaîne de distribution affiche un ratio de 0,67 et un fonds de roulement négatif, mais une trésorerie nette de +250. Ses clients paient comptant, ses fournisseurs sont payés à terme : son BFR de −450 finance une partie de ses magasins et laisse un excédent de trésorerie. Sa vigilance porte ailleurs : si l'activité recule, ce financement par les fournisseurs se contracte avec elle.

Dans les deux cas, un seul bilan ne suffit pas : il faut suivre l'évolution du BFR et des flux de trésorerie sur plusieurs exercices pour savoir si la situation se dégrade ou s'améliore.

Six questions pour tester votre lecture

Six idées reçues, inspirées des questions de révision du module « Diagnostic et planning financier ». Ouvrez chaque question pour lire la réponse.

Des réserves élevées signifient-elles que l'entreprise a du cash ?

Non. Les réserves sont des bénéfices passés conservés dans l'entreprise, qui ont pu financer des machines, des stocks ou des créances. Le cash se lit à l'actif, dans les valeurs disponibles et les placements de trésorerie.

Le bénéfice est-il une bonne mesure de la performance ?

Une mesure parmi d'autres, trompeuse si on la lit seule. Il dépend des règles comptables, peut provenir d'un élément exceptionnel et ne dit pas si l'activité génère du cash. Le tableau des flux de trésorerie complète la lecture.

Une entreprise solvable est-elle forcément liquide ?

Non. Solvable, elle a plus d'actifs que de dettes ; liquide, elle peut payer chaque dette à son échéance. Une entreprise solvable dont les actifs sont immobilisés ou les créances lentes à encaisser peut manquer de trésorerie.

Un ratio de liquidité supérieur à 1 garantit-il que l'entreprise est liquide ?

Non. Il dit seulement que le fonds de roulement net est positif. Si le besoin en fonds de roulement est plus élevé, la trésorerie nette est négative et l'entreprise dépend de ses crédits à court terme.

Des capitaux propres négatifs signifient-ils que l'entreprise est en faillite ?

Non. La faillite suppose une cessation de paiements persistante et un crédit ébranlé. Des capitaux propres négatifs déclenchent en revanche la procédure de sonnette d'alarme (dans une SRL dès que l'actif net risque de devenir négatif, dans une SA dès qu'il passe sous la moitié du capital) et appellent des mesures de redressement.

L'amortissement sert-il à financer le remplacement du bien ?

Non. Il répartit le coût d'achat du bien sur sa durée d'utilisation et ne met aucun argent de côté. Une entreprise qui veut remplacer une machine doit en prévoir le financement dans son plan financier.

Articles pour aller plus loin

Aller plus loin avec une formation Sagora

Ce guide donne le cadre. Les programmes Sagora, animés par les professeurs Solvay Brussels School, appliquent ces méthodes sur vos cas concrets.

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