L’homme au sommet de la pyramide… de Ponzi

Madoff et la pyramide de Ponzi - Sagora Formations en Finance

Madoff et la pyramide de Ponzi

“Dans l’environnement réglementaire actuel, il est pratiquement impossible de violer les règles”. Cette réflexion empreinte de sagesse et de foi envers l’efficacité de nos institutions nous a honorablement été partagée par l’un des plus grands escrocs de l’histoire financière. Il s’agit bien entendu de Bernard Madoff,  figure légendaire de WallStreet, qui a non seulement violé les règles, mais également pillé les comptes-titres de ses nombreuses victimes sous le nez de la Security & Exchange Commission (les “gendarmes” de la bourse) et des grands cabinets d’audit, culminant à une fraude de plus de 65 milliards de dollars

Que se cache-t-il donc derrière les mécanismes de cette fraude monumentale ? Comment Madoff a-t-il pu détourner autant d’argent sans éveiller les soupçons des victimes, incluant pourtant des institutions financières ? Était-ce réellement le crime parfait jusqu’à la crise de 2008 ? Ou bien existait-il des signes précurseurs qui auraient dû alerter les investisseurs vigilants ? 

Ces questions, nous les explorerons tout au long de cet article, mais avant tout, faisons un bref retour dans le temps sur qui était Bernard Madoff. 

Qui était Bernard Madoff ?

L’illustre Bernard Madoff, “Uncle Bernie” pour les intimes, était un homme respecté aux États-Unis dans les années 90 et incarnait le célèbre rêve américain. De maître nageur à Long Island à président du marché boursier NASDAQ (une bourse d’échange concentrée sur les entreprises technologiques) son parcours impressionnait par son audace et son ambition. L’homme d’affaires était également connu pour sa générosité sans limites de par ses nombreuses donations à des associations et son implication active dans des oeuvres caritatives et culturelles. 

En somme, Madoff était l’icône de son temps, un charmeur de serpent qui semblait capable de manipuler les marchés comme personne d’autre. Tous les astres étaient donc alignés pour qu’il bénéficie  d’une confiance aveugle de la part de ses contemporains, prêts à lui confier leurs économies pour voir la magie opérer. 

Les débuts de la fraude de Madoff

Et ceci, B. Madoff lui-même l’avait bien compris. Porté par le laxisme environnant d’un marché en hausse depuis les années 80, sa toile s’est rapidement tissée et répandue. Tout commence lorsque le courtier quitte NASDAQ pour créer ses propres fonds d’investissement, dont le plus emblématique : le “Bernard Madoff Investment Securities”. 

L’idée était simple. B. Madoff s’infiltrait dans les cercles huppés, tels que les nombreux country clubs de PalmBeach, et vantait humblement les mérites de ses fonds. Le financier avait même le culot de se laisser faussement désirer, ne concédant l’accès à ses incroyables fonds qu’en contrepartie d’une longue période de séduction de la part de ses victimes.

En effet, le fonds Madoff était réservé à l’élite car il se targait de rapporter des rendements réguliers d’une dizaine de pourcents par an !  Une question se pose alors : Comment était-il possible de promettre un rendement élevé constant, quelles que soient les conditions du marché ? Peut-être était-ce la magie Madoff qui opérait. 

Malheureusement, la magie n’existe que dans nos Disney préférés et le succès du fonds Madoff repose en réalité sur un montage frauduleux bien connu : le système de Ponzi

Comprendre le système de Ponzi avec Oncle Séraphin

Oncle_Seraphin_Madoff

Pour bien comprendre, replongeons-nous dans les aventures de Tante Agathe et Oncle Séraphin. Rappelez-vous, nous les avions laissés dans notre dernier article sur la volatilité des marchés, où nous avions appris l’importance de la diversification tant en terme d’actif que dans le temps pour la gestion de portefeuille.

Oncle Séraphin se prend dans la toile de B. Madoff

En 2006, Oncle Séraphin se décide à partir un an aux États-Unis pour s’essayer au rêve américain. Là-bas, il y rencontre Madoff, qui lui promet un rendement annuel de 10% en échange d’un investissement de 200.000€. Flairant l’affaire en or, ce vieux loup d’Oncle Séraphin investit le montant nécessaire dans le fonds Madoff. Au cours de la soirée, il est rejoint par 9 autres personnes, permettant à Madoff de se retrouver avec un total de 2.000.000€ en poche.  

L’effondrement du mirage : la chute de B. Madoff

Après un an, nos “experts” de la finance pensent chacun s’être enrichis de 20.000€. Fier de lui, mais devant rentrer au pays pour rejoindre Tante Agathe, Oncle Séraphin réclame ses 220.000€ auprès de Madoff. Mais en 2008, au coeur de la crise, Oncle Séraphin découvre avec horreur qu’il ne reverra jamais la couleur de son argent. 

Les rouages du système de Ponzi

En réalité, Uncle Bernie n’investissait qu’une fraction des capitaux reçus de ses victimes, utilisant le reste pour financer les rendements promis aux anciens investisseurs. Il s’agit donc d’un schéma de Ponzi classique, où l’argent des uns paie le rendement des autres, sans aucune création de valeur réelle

Un tel schéma peut passer inaperçu tant que l’argent est réclamé au compte goutte, et ce fût le cas pour le montage de Madoff. Cependant, en cas d’effondrement des marchés financiers comme en 2008, il est impossible de rembourser l’ensemble des investisseurs.

Les indices ignorés de la fraude de B. Madoff

Oncle Séraphin est loin d’être le seul à s’être fait berner par Bernie, et pour cause, certains fonds intermédiaires, qui donnaient accès au fonds Madoff, étaient des fonds réglementés censés protéger les investisseurs. Cela participait donc, en plus du charme de Madoff, au climat de confiance dans lequel se trouvaient les investisseurs. Un exemple de ces conséquences est LuxAlpha, qui a vu ses investisseurs réclamer près de 762 millions de dollars en dommage et intérêts suite à leur implication dans le schéma de Ponzi de Madoff. 

Pourtant, plusieurs éléments auraient dû avertir les investisseurs avisés. Tout d’abord, lorsqu’on regarde au prospectus d’un des sous-fonds réglementés du fonds Madoff, on peut observer un graphique montrant les rendements du fonds au fil du temps. Ce graphique présente une ligne quasi droite, signifiant que les rendements sont constants, avec de très (trop) faibles fluctuations. 

Pourtant, si vous vous souvenez de notre article sur la volatilité des marchés, l’analyse des rendements de l’indice boursier S&P500 nous avait montré que même un portefeuille bien diversifié promettait des rendements annuels pouvant varier entre -30% et +50%. L’objectif du fonds étant de répliquer un indice similaire, le graphique aurait dû présenter une volatilité bien plus importante. 

Ensuite, il est apparu que Madoff cumulait plusieurs fonctions au sein de ce fonds réglementé. En effet, il agissait à la fois en tant que gestionnaire d’actifs et dépositaire, responsable de la protection des actifs. Cela va à l’encontre des règles régissant les fonds réglementés en Europe. Vous pouvez comprendre que le cumul de ces deux fonctions pourrait éveiller des tentations de se  faire la malle avec les actifs des investisseurs. 

Conclusion

Nous pourrions encore passer au travers d’une myriade de signaux d’alarme. H. Markopoulos, spécialisé en détection des fraudes comptables et financières, en avait répertorié 29, tous rapportés à la Security & Exchange Commission, les autorités de régulation financière (sans grand succès). Cependant, les exemples énoncés suffisent à prouver que tout bon investisseur se doit d’ouvrir l’oeil. Beaucoup de signaux sont facilement repérables en faisant preuve d’un minimum d’attention. 

De plus, la triste histoire d’Oncle Séraphin nous rappelle l’un des fondements d’une bonne gestion de portefeuille : la diversification des actifs. En effet, dans son malheur, ce dernier a eu l’intelligence de n’investir qu’une partie de son capital dans le fonds Madoff. 

Enfin, une règle simple à retenir est que, si vous ne comprenez pas une stratégie d’investissement de prime abord, informez-vous auprès de personnes qualifiées avant d’investir, ou aidez-vous des ressources disponibles, en faisant toujours preuve d’esprit critique ! 


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Sources

Aït-Kacimi, N. (2021, 14 avril). L’escroc Bernard Madoff est décédé en Prison. Les Echos. Consulté le 24 avril 2024 sur https://www.lesechos.fr/finance-marches/marches-financiers/age-de-83-ans-bernard-madoff-est-decede-en-prison-1306903

Britannica, T. Editors of Encyclopaedia (2024, May 2). Bernie Madoff. Encyclopedia Britannica. https://www.britannica.com/biography/Bernie-Madoff

de Gasquet, P. (2009, 7 janvier). Les rouages du “système” Madoff mis à nu. Les Echos. Consulté le 24 avril 2024 sur https://www.lesechos.fr/2009/01/les-rouages-du-systeme-madoff-mis-a-nu-1081132

Le Monde. (2008, 20 décembre). Comprendre l’affaire Madoff. Le Monde. Consulté le 24 avril 2024 sur https://www.lemonde.fr/economie/article/2008/12/19/comprendre-l-affaire-madoff_1133354_3234.html

Mamou, Y.. (2009, 9 février).​​ Les victimes du scandale Madoff mettent en cause les cabinets d’audit. Le Monde. Consulté le 6 mai 2024 sur https://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2009/02/09/les-victimes-du-scandale-madoff-mettent-en-cause-les-cabinets-d-audit_1152761_1101386.html

Markopoulos, H. (2005, November 7). The World Largest Hedge Fund is a Fraud. https://math.nyu.edu/~avellane/madoffmarkopoulos.pdf

Samois, O. (2021, 14 avril). Décès de Bernard Madoff, le Ponzi du XXIe siècle. L’Echo. Consulté le 24 avril 2024 sur https://www.lecho.be/entreprises/services-financiers-assurances/deces-de-bernard-madoff-le-ponzi-du-xxi-siecle/10298083.html

Schmit, M. (2023). Banking and Asset Management. Understanding Banking Performance [Diapositives].

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Zoé Guelenne

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